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La sensibilité au gluten et la grande manipulation!

 

Par Réjean Perron

SOSGluten.ca  04 août 2010 - La biopsie intestinale est la norme d'or (gold standard) pour établir un diagnostic de maladie cœliaque (MC). C’est en fait un vieux test datant d'une cinquantaine d'années, et donc une vieille norme (old standard). Malheureusement, ce bon vieux critère est toujours celui sur lequel se basent la majorité des médecins encore aujourd’hui pour établir un diagnostic de MC et prescrire une diète sans gluten à leurs patients.

Est-ce à dire que rien d’autre ne fut découvert ou proposé depuis cette époque afin de permettre un diagnostic plus précoce et plus inclusif de cette intolérance alimentaire? Le fait est que plusieurs chercheurs soumirent à leurs paires, au fil des ans, de nouvelles méthodes de diagnostic et des preuves à l’effet que l’intolérance au gluten se manifeste bien avant l’apparition de l’atrophie villositaire. Ces chercheurs en appellent d’ailleurs depuis longtemps à une révision des critères et proposent une conception beaucoup plus large de l’intolérance au gluten. Parmi les nouvelles méthodes de diagnostic, mentionnons par exemple le challenge rectal de gluten proposé par le Dr Marsh à la fin des années 80, les tests fécaux du Dr Fine présentés au début de ce millénaire et la détection des dépôts d’anticorps dans la paroi intestinale présentée en 2005 par une équipe de chercheurs Finlandais. Toutes ces nouvelles méthodes de diagnostic proposées furent tour à tour ignorées ou rejetées par les ''sociétés savantes'' parce qu’elles auraient toutes le ''même défaut'': celui d’identifier ''beaucoup trop de cœliaques''. Comme si cela pouvait être nuisible d’identifier plus de gens intolérants à une protéine alimentaire?

Il est évident que nous sommes aujourd’hui pratiquement au même point que nous l’étions il y a 50 ans. L’identification de la transglutaminase tissulaire (tTG2) en 1997 comme l’auto-antigène de la maladie coeliaque reconnu par les anticorps anti-endomysium (EmA), a certe représenté une avancée importante dans la compréhension de la physiopathologie de cette maladie et dans le dépistage de celle-ci mais n'a pas modifié pour autant la façon d'établir le diagnostic final qui repose toujours sur le même critère, celui de l’atrophie villositaire, et ce en dépit de nombreuses preuves démontrant le caractère archaïque de ce critère, comme si l’on s’acharnait délibérément dans certains milieux à faire la sourde oreille. Pas surprenant que le délai moyen au Canada pour diagnostiquer la MC soit de 11.7 ans en moyenne et que les patients reçoivent divers diagnostics avant de finalement recevoir le bon. Il est également troublant que plusieurs patients se fassent dire par leur médecin, sur la base de résultats d’analyses négatifs, que le gluten n’est pas leur problème alors que ceux qui ont la chance d’expérimenter un challenge sans gluten constatent très souvent exactement le contraire?

Alors comment expliquer ce décalage entre la réalité vécue par les patients et le degré de connaissance (pour ne pas dire d'ignorance) affiché par les médecins? Comment expliquer cette léthargie, cette inertie et cette paralysie du monde médical? Quelle est donc cette force ayant la capacité, semble-t-il, de bloquer le progrès en cette sphère de la médecine et dans bien d’autres aussi peut-être et d’empêcher, en bout de ligne, des milliers de patients d’être correctement diagnostiqués?  Cette force, vous l'aurez deviné, est en fait la même qui contrôle toute l’économie de la planète et il s'agit de l’argent! Et pour comprendre comment l’argent influence directement votre médecin dans son cabinet il faut nous pencher sur le lien existant entre la médecine et l’industrie pharmaceutique.

Dans un excellent article publié dans la revue Québécoise Protégez-Vous (PV) du mois de mai 2010, revue consacrée à la protection des consommateurs et que je vous invite à lire si vous en avez l'occasion, le chercheur Marc-André Gagnon de l’Université McGill à Montréal révèle que les pharmas investissent plus de $60,000 dans chacun des quelques 700,000 médecins aux États-Unis et environ $20,000 par médecins au Canada. Le Dr Alain Vadeboncoeur, chef d’urgence à l’Institut de cardiologie de Montréal et vice-président de Médecins Québécois pour le Régime Public constate que l’industrie s’immisce chaque jour un peu plus dans le milieu médical et la recherche en s’appuyant sur un marketing ''intensif, bien organisé et très efficace'' : ''Cela va du financement commercial des universités aux essais cliniques biaisés, des pseudo-publications scientifiques à l’abaissement régulier des seuils de facteurs de risque pour certaines maladies, de l’éducation continue des médecins aux visites incessantes des représentants pharmaceutiques qui nous apportent des échantillons gratuits. Sans oublier le financement des congrès, les repas payés à l’hôpital ou au cabinet, les réunions commanditées et les soupers-conférences dans de grands restaurants.''

Marc-André Gagnon ajoute que ''les laboratoires financent des essais cliniques dont ils analysent eux-mêmes les résultats. Ils font ensuite appel à des ghostwriters ''auteurs fantômes'', pour écrire des articles qu’ils font ensuite revoir et signer par des ''leaders d’opinions'', c'est-à-dire des chercheurs reconnus pour leur expertise. Puis, ils s’arrangent pour les faire publier dans des revues prestigieuses. Finalement, ils obtiennent une masse critique de littérature scientifique qui détaille les bienfaits du médicament pour diverses utilisations, mais omettent, ou mentionnent à peine ses effets secondaires. Ils envoient alors leurs représentants montrer cette documentation aux médecins afin de les convaincre que leur produit est le meilleur.''

''Les leaders d’opinions jouent un rôle central dans la diffusion de l’information, car ils possèdent un très fort pouvoir d’influence au sein de la profession médicale,'' ajoute le Dr Marc Zaffran chercheur invité au Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal. ''Il s’agit de chercheurs qui ont besoin d’argent pour leurs travaux, et comme les financements publics ou indépendants ont presque complètement disparu, ce sont les compagnies pharmaceutiques qui les commanditent en leur imposant quelques restrictions comme par exemple l’interdiction de publier des résultats négatifs. À l’arrivée, on finit donc par se retrouver avec une littérature biaisée. Il faut un esprit critique très développé, et surtout une solide formation scientifique, pour être capable de la réfuter et s’apercevoir qu’on est en train de vous induire en erreur.''

Marc-André Gagnon va même jusqu’à dire que ''même le médecin le plus compétent, n’est plus en mesure d’obtenir des informations neutres et objectives lui permettant de prescrire les produits les plus efficaces pour ses patients.'' Dans le cas qui nous intéresse (la sensibilité au gluten), on peut dès lors se questionner et se demander si le médecin, même le plus compétent est en mesure d'obtenir des informations neutres et objectives lui permettant de poser le bon diagnostic et prescrire une diète sans gluten.

Toujours dans le numéro de mai 2010 de PV, on y révèle également que les laboratoires ont élaboré diverses stratégies publicitaires pour élargir leurs marchés et gagner toujours plus de ''clients''. Des documents internes de la compagnie Elie Lily, fabricant du célèbre Prozac, montrent qu’au début des années 2000 ses représentants avaient pour mission d’inciter les médecins à établir un diagnostic de ''trouble bipolaire''… et à prescrire à leurs patients son antipsychotique Zyprexa. Autre révélation troublante, l’an dernier dans le cadre d’un procès en Australie, on a découvert que pour faire mousser les ventes de son controversé anti-inflammatoire Vioxx, la compagnie Merck avait créé un faux journal médical, publié sous le label d’Elsevier, un éditeur scientifique réputé.

On voit donc que l’industrie pharmaceutique ne recule devant rien pour atteindre ses fins. Le Dr Michel De Lorgeril, cardiologue et chercheur de renommée internationale, révèle dans son livre Cholesterol Mensonges et Propagandes que ''des sommes colossales circulent et alimentent toutes sortes de circuits plus ou moins souterrains et toutes sortes de caisses plus ou moins noires. Le marché du cholestérol par exemple, c'est aussi des contrats de recherches, des bourses de thèses, des voyages et congrès sous les tropiques et dans les palaces'' dit-il.

''Les milliards de dollars que l’industrie verse chaque année aux médecins affectent la recherche, la pratique médicale et jusqu’à la définition de la maladie'' affirme la Dr Marcia Angell, ex-rédactrice du New England Journal of Medecine.

Il faut mentionner ici un point important, c’est que les médecins dans leur pratique, se doivent de suivre les lignes directrices émises par les ''sociétés savantes'' sous peine de sanctions et même de poursuites devant les tribunaux. Voici comment le Dr De Lorgeril décrit ce processus : ''les médecins n’ont ni le temps de procéder aux vérifications élémentaires permettant de juger de la qualité des essais, ni la culture scientifique minimale pour les interpréter. Pour cela, les médecins doivent s’en remettre à leurs représentants, en général universitaires et hospitaliers. Perçus comme des faiseurs d’opinion dans leur corporation, ces derniers vont devenir la cible privilégiée des départements de marketing des industriels. Réunis en Comité de consensus généralement aux frais des industriels intéressés, ces leaders établissent les règles de prescription auxquelles tous les médecins devront se conformer. Membres importants de sociétés savantes nationales et internationales, ils font valider ces règles de prescription par ces mêmes sociétés auxquelles ils appartiennent. Tout cela ne constitue finalement que de nobles paravents derrière lesquels se cachent des entreprises et des intérêts privés. Par ailleurs, le financement des sociétés savantes dépend en très grande partie des subventions reçues de ces mêmes entreprises intéressées. Ces sociétés savantes font ensuite valider leurs recommandations par des Agences gouvernementales, par exemple la FDA aux États-Unis et l’Afssaps en France. Ce sont les mêmes experts qui travaillent pour les industriels, qui sont membres actifs des sociétés savantes et qui sont enfin membres des comités consultatifs réunis par les agences gouvernementales. Ça ferait rire si ce n’était tragique!''

Mais, me direz-vous, les pharmaceutiques n’ont actuellement aucun médicament à promouvoir pour traiter la MC. Vrai, et c’est là que ça devient intéressant car elles possèdent en revanche toute une gamme de médicaments disponibles afin de traiter les nombreux symptômes associés à l’intolérance au gluten. Les compagnies pharmaceutiques ont tout intérêt à ce que l’intolérance au gluten demeure dans l’ombre, elles n’ont absolument aucun intérêt à ce que plus de gens reçoivent un diagnostic de MC ou de sensibilité au gluten, bien au contraire! Nous commençons donc à comprendre maintenant à qui cela pourrait être nuisible d’identifier plus de gens intolérants à une protéine alimentaire! Mais à quel point cela pourrait-il être nuisible financièrement? C'est ce que nous allons voir maintenant.

Un des symptômes associés à la MC est assurément l’ostéoporose et considérant le délai actuel de près de 12 ans entre la première consultation pour des problèmes de santé reliés au gluten et l’établissement du diagnostic de MC, un diagnostic précoce d’intolérance au gluten aurait certainement un impact à la baisse sur le nombre de cas d’ostéoporose (et d'ostéopénie) mais hélas aurait également un impact à la baisse sur les ventes de médicaments traitant cette condition. Nous allons voir ici quels sont les montants en jeux en considérant deux médicaments appartenant à la classe des biphosphonates,  Fosamax et Actonel, utilisés couramment pour traiter l'ostéoporose. Les recettes mondiales de Merck en 2008 à la dernière année de brevet de Fosamax se chiffraient à trois milliards de dollars US et pour Proctor & Gamble, qui a maintenant cédé ses droits à Warner Chilcott, les recettes mondiales d’Actonel se chiffraient en 2009 à un milliard de dollars US.

Voilà pour l’ostéoporose mais qu'est-ce que l’ostéopénie au juste, est-ce la même maladie? Voici l’histoire de cette nouvelle ''maladie'' telle que rapportée dans PV. ''Dans une chambre d’hôtel à Rome en 1994, un groupe de spécialistes s’entend sur un nouveau terme, l’ostéopénie afin de désigner une densité osseuse inférieure à la moyenne mais en deçà du seuil de diagnostic de l’ostéoporose. Ces valeurs arbitraires tranchées au couteau étaient destinées à encadrer des études épidémiologiques uniquement et non pas à devenir des seuils de traitements cliniques comme c’est aujourd’hui le cas. L’ostéopénie est cependant LE nouvel argument dont Merck a besoin à cette époque pour relancer les ventes de Fosamax qui dorment sous le seuil du milliard. Un expert en marketing pharmaceutique est alors embauché qui met sur pied le Bone Measument Institute. Cette société ''sans but lucratif'' acquiert les droits de commercialisation d’une gamme d’ostéodensitomètres bon marché de la société CompuMed et en inonde les cliniques et cabinets médicaux aux États-Unis. Elle mène en parallèle une campagne de publicité agressive pour associer Fosamax à cette nouvelle ''maladie'' qu’est l’ostéopénie et les ventes... explosent!'' Alors, si la MC favorise l’ostéoporose, que dire de l’ostéopénie!

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est un autre symptôme courant de la sensibilité au gluten, selon le Dr Scot Lewey gastroentérologue.  ''Les brûlures d’estomac figurent parmi les symptômes fréquemment cités par beaucoup de gens et la majorité de ceux-ci ignore que les brûlures d’estomac sont un symptôme courant de l’intolérance ou de la sensibilité au gluten. En tant que gastroentérologue, j’ai eu à traiter des patients référés pour des symptômes de reflux et dont plusieurs étaient même considérés candidats potentiels à une chirurgie afin de soulager leur RGO. En découvrant qu’ils étaient sensibles au gluten, avec ou sans maladie cœliaque, et en amorçant une diète sans gluten, ces patients constatèrent une amélioration ou une disparition de leurs symptômes. Mon ami et collègue, le Dr Rodney Ford, gastroentérologue et pédiatre pratiquant en Nouvelle Zélande, m’a fait part d’expériences similaires chez les enfants.''

Plusieurs médicaments existent actuellement sur le marché afin de soulager le RGO et l’un des produits vedettes de l’industrie est certainement le Nexium fabriqué par la compagnie AstraZeneca et lancé en 2001. Ce médicament a rapporté en 2009 des recettes mondiales de cinq milliards de dollars US. Et on ne parle pas ici des recettes provenant de médicaments en vente libre comme Zantax, Pepcid etc.

On constate donc rapidement qu’il y a des sommes colossales en jeu et nous n’avons abordé ici que la pointe de l’iceberg alors qu’il y a plus de 250 symptômes associés à la MC et l’intolérance au gluten. Sans prétendre ici que tous ces milliards de dollars disparaîtraient en fumée en diagnostiquant de façon plus précoce davantage de gens intolérants au gluten, disons que cela affecterait incontestablement le business.

Comme le dit si bien le Dr De Lorgeril, ''les mondes de l’économie, de la science et de la médecine, ne sont compatibles qu’à condition que le premier domine les deux autres, autrement dit à la condition que les deux autres subissent et se soumettent aux lois de la marchandise. Telle est la dure loi de l’économie postmoderne. Il n’y a pas aujourd’hui, à l’ère de la finance toute-puissante, de business efficace sans manipulation des esprits. La falsification des données scientifiques fait partie de cette manipulation des esprits. Depuis l'affaire Vioxx, nous savons que tout est possible de la part de l'industrie pharmaceutique.'' Le Vioxx est un anti-inflammatoire accusé d'être à l'origine de 138,000 crises cardiaques (dont 55,000 mortelles) aux États-Unis. Merck a accepté de verser en 2007 près de 5 milliards de dollars pour essayer d'arrêter des procédures judiciaires lancées contre l'entreprise pour dissimulation de résultats d'essais cliniques défavorables.

''Aujourd’hui l’institution médicale est en faillite'' juge le Dr Pierre Biron, spécialiste québécois de la pharmaco-vigilance (étude des effets inattendus d’un nouveau médicament). Des enjeux économiques énormes engendrent des problèmes de conflits d’intérêts chez les scientifiques. Ce milieu scientifique et médical est gangrené à la fois par les conflits d’intérêts et une marchandisation honteuse de la santé publique.

Il faudrait être naïf, à la suite de toutes ces révélations, pour croire à la non-ingérence des pharmas dans le processus de diffusion de la connaissance et dans le processus décisionnel des ''sociétés savantes'' concernant l'intolérance au gluten. La ''grande manipulation'' fait malheureusement en sorte que votre médecin, qui s’en remet en toute confiance à la formation continue gentiment dispensée par les pharmas ainsi qu’aux lignes directrices émises par les ''sociétés savantes'', possède décidément toutes les connaissances et les outils requis lui permettant d’établir, dans les meilleurs délais, le meilleur diagnostic: celui qui rapporte gros!

 


 

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